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Imprévu
Kirk
lupi_de_lune
Voici enfin la fameuse nouvelle totalement originale que je vous avais promise. Je la dédicace à un très bon ami qui m'a donné l'inspiration. Bonne lecture!

Imprévu

La douleur la submergeait. Sa vue, déjà teintée de rouge à cause du sang qui coulait d'une blessure au front, commençait à devenir floue.

« - Reste avec nous! »

La voix, qui lui parvenait de loin alors qu'elle savait son propriétaire tout proche, vibrait d'inquiétude. Pour le rassurer, elle esquissa un sourire, qui se mua malheureusement en grimace sous l'effet de la douleur, bien vite accompagnée d'une quinte de toux. Elle sentit le liquide poisseux au goût ferreux dans sa bouche et ruisselant sur son menton.

« - Comment elle va? »
« - Pas bien. Roule. »

L'échange avait été parfaitement neutre, aucune trace de haine, d'énervement, d'agressivité. C'était pour ça qu'elle les adorait. C'était pour ça qu'elle les avait suivis, préférant les aider à mener l'opération à bien plutôt que de tenter de les dissuader sans espoir de réussite.

Finalement, cela ne la gênait pas d'avoir été touchée. D'une certaine manière, elle avait atteint son objectif: veiller à ce qu'aucun des deux autres ne soit blessé.

Mais c'était tout de même dommage. Ils avaient mis tant de soin à tout préparer, à tout envisager. Comment auraient-ils pu prévoir...

***

« - Julia, tu deviens chef! »

L'interpellée haussa un sourcil à la déclaration de son ami.

« - Tu délires, Thomas, » répliqua-t-elle d'un ton indifférent.
« - Oui, tu délires! » renchérit John.

Julia esquissa un sourire, qui devint atterré quand il continua:

« - C'est pas chef qu'il faut la nommer, c'est superviseuse! »
« - Vous vous sentez bien, tous les deux? »
« - Très bien, » reprit Thomas. « En une demi heure, tu viens de transformer au point de la rendre possible l'idée tortueuse que John et moi avions péniblement tenté de rendre cohérente... »

Julia soupira. Ce n'était pas ce qu'elle avait voulu.

« - Hey, t'inquiète, puce, » lui dit John en passant un doigt sur sa joue. « Ça va bien se passer... »

Elle leva les yeux vers lui et le foudroya du regard le plus noir dont elle était capable.

« - Bien sûr, c'est vrai qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter quand mes deux potes ont l'envie soudaine de braquer un commerce! »

Thomas haussa les épaules.

« - T'es pas obligée de participer, Julia... »
« - Mais tu viens de nous démontrer qu'on a vachement moins de chances sans toi, » renchérit John.

La jeune femme se leva avec emportement.

« - Et bien allez vous faire tuer tous les deux, comme ça il n'y aura plus lieu d'en parler! »
Elle se dirigea à grands pas vers la porte. Un raclement violent de chaise, et une seconde après, John la retenait par les épaules. Elle serra les poings mais ne tenta pas de se dégager.

« - On ne sera pas les premiers à le faire, » dit-il.
« - Ni les derniers, » compléta Thomas.
« - Dans quel but? » demanda Julia avec une note désespérée dans le ton de sa voix plus appuyée qu'elle ne l'aurait souhaité.
« - Ce que ça va rapporter, bien sûr, » répondit Thomas.
« - On n'en a pas vraiment besoin, » rétorqua-t-elle. « C'est pas plutôt pour l'adrénaline? Le fait d'enfreindre les règles? Le besoin d'aller au-delà de l'interdit? »

Un silence. Long, lourd, gênant. John finit par enlever ses mains des épaules de Julia, et le malaise augmenta encore. Il n'y avait pas besoin de réponse à sa question. Elle savait que c'était exactement ça, et surtout, qu'elle-même avait aussi cette tendance. Ils restèrent tous trois figés pendant encore un moment qui parut être une éternité.

Puis Thomas alluma une cigarette et en proposa aux deux autres, qui se rassirent autour de la table sur laquelle trônaient encore les plans de Julia. La discussion était close, le projet entériné. Ils allaient le faire, et ça allait marcher.

***

Tout se déroulait comme prévu. Thomas s'était fait enfermer dans le magasin. Peu après la fermeture, il avait contraint le propriétaire à couper la caméra, à rouvrir pour que Julia et John entrent, et à débloquer la caisse. La jeune femme s'occupait de vider cette dernière, John remplissait des sacs avec des marchandises facilement revendables sans pouvoir être tracées, et Thomas surveillait le propriétaire.

Julia sourit intérieurement. Bien que la méthode ne soit pas conventionnelle, cela ferait une bonne leçon à ce sale bonhomme. Dorénavant, il ferait peut-être davantage attention à la façon dont il traiterait ses clients. Et puis, il avait une réputation de magouilleur. En somme, le trio infernal faisait une bonne action.

Distraite par ces considération, la jeune femme fit un faux mouvement et s'érafla sur la caisse de métal en mauvais état.

« - Aie! »
« - Qu'est-ce qui se passe? » demanda Thomas en se tournant vers elle.

Elle examina la déchirure dans la manche de son tout nouveau pull acheté pour l'occasion et le sang qui suintait de la belle griffe visible.

« - Bah, je me suis coupée, t'inquiète... »

Elle releva la tête et ses yeux se posèrent sur le propriétaire occupé à farfouiller quelque chose. Thomas suivit aussitôt son regard.

« - Hey, mais qu'est-ce que tu crois faire? » s'emporta-t-il.

Il bondit presque sur le bonhomme qui se ratatina, pratiquement mort de peur.

« - Tes mains! T'as fait quoi? »

Obtempérant, il montra ses mains vides.

« - Vérifie sous le comptoir, » dit Julia très calmement.

Alors que Thomas suivait son conseil, elle jeta un coup d'œil à John.

« - T'en es où? »
« - Un et demi. »
« - Remballe, on va être juste. »
« - Y a un bouton! » s'exclama Thomas. « Ce salaud a appelé les flics! »

Il était prêt à mettre une bonne correction au bonhomme quand Julia s'interposa.

« - C'est bon, laisse, on lève le camp. »

Elle lui tendit le sac qu'elle avait rempli avec l'argent de la caisse, et il lâcha le propriétaire, non sans une certaine réticence.

Au loin, une sirène retentit.

« - Allez, on se bouge! » intima Julia aux deux autres. « On s'en va! »

Alors qu'ils se dirigeaient vers la sortie, elle attrapa une bouteille d'alcool et la brisa sur la tête du propriétaire qui ne demandait pas mieux que de s'évanouir.

Puis elle courut à l'extérieur. Les sirènes étaient toutes proches maintenant. La voiture était garée un pâté de maison plus loin. Une centaine de mètres à couvrir. Elle allait y arriver. Au diable son asthme, ce n'était pas le moment de ménager son effort. Elle courait comme une dératée. Thomas et John étaient déjà dans la voiture. Le bruit du moteur qui se mit en marche couvrit à peine la détonation. Julia s'étala. La douleur était fulgurante. Mais elle se releva. Sans prêter attention au sang qui baignait le trottoir à l'endroit où elle s'était écroulée. Ignorant sa respiration à présent extrêmement laborieuse. Elle se remit même à courir. Les derniers mètres lui parurent aussi longs que si elle avait dû rallier l'horizon. Enfin, elle plongea dans la voiture par la porte arrière ouverte. John l'agrippa.

« - Démarre! » cria-t-il à Thomas tandis qu'il claquait la portière.

***

Non, ils n'auraient pas pu prévoir ce scénario, même en étant pessimistes à l'extrême.

Affalée sur le siège derrière le conducteur, Julia voyait John tenter d'arrêter l'hémorragie. La balle qu'elle avait reçue devait être logée dans le bas de son poumon droit. À force, ça ne faisait presque plus mal. Dans un sursaut de conscience, elle demanda:

« - Combien? »

John ne réagit pas.

« - Arrête de t'occuper de ça, » continua-t-elle après avoir avalé le sang dans sa bouche. « Compte le liquide. »

Il releva les yeux et leurs regards se croisèrent.

« - On s'en fout, » dit-il.

Son air aurait dissuadé toute une armée de répliquer, alors elle se tut.

Le silence régnait dans la voiture qui avalait les kilomètres. Julia ferma les yeux et se mit à penser, ou rêver peut-être. Elle allait guérir. Avec tout cet argent, ils s'offriraient un voyage, loin, à trois. Ils joueraient les flambeurs. Et ils riraient à mots couverts de leur aventure hors du commun. Il suffisait juste de rouvrir les yeux. Ou pas...

Alors, qu'en pensez-vous? Je suis totalement ouverte à toute critique constructive! N'hésitez pas à commenter...

Note: navrée pour le long post, impossible de mettre sous cut, lj m'en veut ce soir...

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